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pour une belle âme

sur les rues d’en face je l’ai vue devant...
à tribord...
quand elle parle j’ai les oreilles ailleurs...
ma tendre chère...
demain vient aujourd’hui...
il y a des paupières qui jouent aux œillets...
sourire...
gage bêta le temps...
à mes ancolies...
restons enfants au millénaire...
alors voilà quand...
tourment tourment du grand amour...
nos retrouvailles en miettes...
drague drague mon petit...

sur les rues d’en face je l’ai vue devant
et le courage me dit à la prochaine
le jour d’après alors au même moment
je placerais de grands filets à baleines
pour que ce trouillard ne lâche pas prise
hissez haut hissez haut hissez haut plus haut
que l’animal ne prenne frayeur
la belle entreprise

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à tribord
le sommeil s’écrase dans les tissus
pendant que des mines fatiguées se plissent de douceurs
ce que j’aime dévisager
la face endormie
la fragile rêveuse
boisées de draps innocents
qui n’entendent qu’au repos
les murmures de la vie
cela respire
cela souffle
bomber les voiles
comme des nuages qui se déplacent
des bulles qui éclatent
lorsque les songes bougent
vaguement
aux tréfonds du lit

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quand elle parle j’ai les oreilles ailleurs
je m’écoute regarder
tendre les yeux
à ses phrases aux traits muets
de ses paroles j’aime la forme
qui s’y façonne et le fond
aux oubliettes alors les faces
s’animent empiètent chaque son
mais mon ouïe
s’en voit pardonnée car j’admire
chacun des tessons qu’elle arbore
le long des masques s’il te plaît
montre-moi ton visage
nue

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ma tendre chère
passe-moi ce parachute
car mon saeqeh a le feu au cul
ou
sans contrôle
ce chahut dans ma tête
il n’y a plus d’autopilote
car mon saeqeh a le feu au cul
alors
je vogue fou
sur dix vagues nouvelles
à jaser falsafa sur vous jezebel
m’attendre chair sauvage
minois
varech
minou
comme l’a juché zartosht
sur farvahar l’ailé descendu
car son saeqeh avait le feu au cul

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demain vient aujourd’hui
et je ne sais pas si
le temps a fait sa course
histoire d’être à l’envers
pourquoi tant d’averses
les jours se sont trahis
car demain vient aujourd’hui
et je ne sais pas si
sans les heures inconnues
où l’on ne se croisera plus
le monde et ses aiguilles
partira de sa fin à son début
car demain vient aujourd’hui
et je ne sais pas si
je m’entendrais encore
parler du levant au loin d’ici
de ce qui sera à l’aurore
il n’en restera plus rien
car demain vient aujourd’hui
et je ne sais pas si
nos horloges aveugles en vain
resteront à jamais hors circuit
j’ai tout dit mais on l’était si bien
à calculer hier sans comprendre
que demain vient aujourd’hui

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il y a des paupières qui jouent aux œillets
comme l’on voudrait les embrasser
moi et l’égo à cet affut d’yeux
et si tu clignes encore de ses pairs
dis-moi le mots que j’aurais tant à attendre
à m’en distribuer et à tout reprendre
ce qu’il restera
à l’écume du temps
l’amour avoisine la marée
elle épouse le sable au gré des eaux
en avant
en arrière
aux coquillages laisse seulement des joies
à chaque joue les sentiments délaissés
car la lune tire sa moue alors qu’ils souriaient
et il est dit sage de nous entendre
écoute
la sagesse est un baiser

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sourire
plissait le marbre de l’heureuse
de toutes les manières
froides et possibles et
pourtant
rien n’y changeait
de quel doute me montrer vos dents
de quel contentement creuse l’envie
d’exposer un plaisir si souvent
rigoler
dispose ton jeu
à deux doigts de ma joie
on ne pourrait jouer mieux
à s’enlacer sans sérieux écrin
désormais
de ne plus être qu’une et un
mais aucun

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gage bêta le temps
à ma distraction je
me réveillais mort-né
depuis en forme
comme une fille d’appui à laquelle on demande
il était quelle heure encore
c’était à l’envers encore hein
hier soir
le petit matin avec la nuit tout au fond
puis le jour à sa moitié aux pieds géants
taxi dis-moi son nom
t’es à combien la course en silence
taxi et celle où tu chantes
c’est combien le bruit du passage au silence
c’est combien de fois qu’il faut te défiler

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à mes ancolies
aux dix-milles espèces de fleurs
espèce de folle
quand elles jasent encore
que tout nous quitte qu’en passage
que nos trajets se font en silence
séparés par le matin
étrangers à l’absence
étrangers de nos cœurs
étrangers sans échange
inconnus par tant d’écarts qui ne valent rien
aux vues lointaines de toi qui me restent en salut
depuis trop longtemps
et restreint à attendre
l’étrange religion
heureux
et moi béni par ses doigts
de mes yeux lacés au coin des rues
si justes que j’en perdrais le nord
dans les aurevoirs au fenêtre
à nos solitudes
aux heures d’être désassemblé
d’être de foire
tous ces départs bredouillent
le refrain d’une même panique
insensibles aux mots qui disent aimer
car dans les plis et les creux de nos histoires
seuls sont dressés en des rituels
les plans
d’une étrange religion

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restons enfants au millénaire
comme de ceux qui sont d’ailleurs
comme un taquin reste solitaire
et dont chaque mot chicane des heurts
sans mesure des jeux et d’erreurs
gaillards gamines rient à la peur
aux coups de dés de nos cœurs
des plus pauvres aux plus rares et chers
restons enfants au millénaire
si d’un éclat se taisent les guerres
quand les chamailles de l’un se meurent
quand ses lèvres pendues appellent l’air
alors respire aux miennes des heures
combien sont fausses toutes ces noirceurs
restons enfants au millénaire

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alors voilà quand
ses seins me poussent à les toucher
qui ne peut les aimer bien
eux beaux pentacles assassins
mieux cintrés à ma paume qu’à sa peau romancée
ils me reviennent en droit
vivant
et me voici j’étais
tout nécromancien
trinquons aux siens je les tiens en fierté
garde santé mamelon à droite
reste galbé téton du cœur
après qui ne peut l’aimer meurt
entre ses œufs pleins et ronds
d’une tête baissée
à se complaire si bien

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tourment tourment du grand amour
tu fais balancer mon bon sang
comme une lame du fond de l’océan
à tout vouloir finir
à tout vouloir reprendre
j’ai le cœur
joyeux bateau
qui tangue sur ta houle

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nos retrouvailles en miettes
j’ai parié qu’elles s’évaporent
dans la vie jusqu’à la mort
au loin où siéent les galères
et que les sombres sombrent
j’ai rêvé d’en pâtir sans un somme
pour que
déguisé en fantôme
je serre nos appels du monde
jusqu’à redouter à quand la rencontre
aie honte
elles ne te reviendront
pas encore

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drague drague mon petit
en elles sommeillent tout glabre
les plans à perte d’envie
qu’au regard
beau regard dormeur
se déclinent en des galeries assassines
saoul saoul je parle
dans des visages au compte-goutte
je m’y connais meilleur muet
avec ce triste charme
métèque
j’attends voir
éclore nue dans leur corps
une patience que je n’ai plus
lassé lassé au diable
l’idée du lit me déleste chaque soir
sous ses lattes j’y séjourne hagard
quand les bruits
doux bruits doucereux
dans le noir rappellent à l’ordre ma mémoire malade
qui me tourne et retourne
trop de paroles bues
sans doute

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